Qu’est-ce qu’on attend ?
- Marc Lafond
- il y a 1 jour
- 2 min de lecture
Ces gens, sur un banc, face au soleil couchant, qu’attendent-ils ?
Peut-être n’ont-ils jamais vu la mer ? Subjugués par la descente du disque orange, ils l’observent, redoutant qu’il ne s’éteigne pour toujours, comme un ciel qui vous tomberait sur la tête.

La statistique n’est plus très favorable à cette hypothèse : la très grande majorité des gens a vu la mer ; le plus grand nombre ne croit plus que le soleil pourrait s’éteindre en rejoignant l’océan.
Dans son inénarrable sketch « on n’a pas eu de bol », Coluche disait : « bon, allez, on se casse, t’achète deux cartes postales, une du lever et une du coucher, y a pas de raison de rester pour ça ! ».
L’achat d’une carte ne dissuadera pas les gens sur la photo. Pire, ils habitent là ! Chaque ciel dégagé, ou presque, ils viennent sur ce banc, s’assoient une quinzaine de minutes et regardent le spectacle sans surprise. Ils connaissent la fin. Le suspens ne les stresse pas. La certitude de l’issue les apaise. Ils ne connaissent pas la sortie des conflits dans le monde, ils ne savent pas ce que, demain, leur annoncera le médecin, mais ils n’ont pas de doute sur la disparition du soleil. Malgré leur lignée gauloise plus ou moins établie, ils restent persuadés qu’il se lèvera à nouveau.
Ils seraient donc là par habitude, ce carcans qui enlève à l’Humain une part de liberté ? Ils seraient sur le banc car leurs parents y venaient, et qu’ils ambitionnent que leurs enfants y viendront ? Autant dire que c’est inscrit dans leurs gènes, qu’il faudrait exclure ceux qui ont préféré aller boire une bière ou un jus de fruit au lieu d’observer le spectacle naturel bien réglé ? Mais, répondront-ils sans doute, « on va boire un pot après ! on en va pas passer la nuit là ! ».
Ce n’est pas la nature qu’ils viennent observer. Ils ne sentent pas plus habitants de la terre en regardant le soleil qu’en buvant une bière. Il ne faut pas voir dans l’offrande de leur temps un geste politique dénonçant le pillage des ressources ou l’abus de plastique.
Non, ils sont là, c’est tout. Ça ne réveille chez eux aucun sentiment mystique. Il ne voit pas dans le ciel qui s’embrase le doigt de Dieu.
Mais enfin, que font-ils là ? Ils n’ont rien à gagner. Personne ne les oblige. Personne ne leur reprocherait d’être ailleurs. Ils n’offensent personne. Ils ont vu mille fois le spectacle.
Ils se confrontent simplement à la beauté, la beauté qui ne se discute pas, celle dont on ne se lasse pas. Celle qu’on ne peut pas voler. On peut juste l’offrir à celui ou celle qui ne l’aurait pas encore découverte, ou qui ne se serait pas donner le droit de perdre son temps au bord de la plage.
Moi, je suis dans leur camp. Sans relativisme : je sais que le coucher de soleil ne résout pas les problèmes du monde. Sans abandon : je sais que demain est un autre jour, qu’il faudra se battre, que je ne vais pas me terrer dans une cabane cachée derrière la dune.
Sans abandon ni relativisme, donc, mais avec un espoir : celui d’être mieux après qu’avant.
C’est tout.
C’est beaucoup.



Oui c est beaucoup 🙏🏻